Obésité associée au récepteur 4 de la mélanocortine : expression phénotypique différente dans une même famille | Anales de Pediatría

En relation avec l’article original publié en novembre dans votre journal sur l’obésité infantile et la manière de l’aborder dans la pratique de l’endocrinologie,1 nous souhaitons évoquer le diagnostic et la prise en charge d’une cause peu commune d’obésité. La prévalence de l’obésité est de 19,1% dans la population pédiatrique2, dont la plupart des causes sont exogènes.

Nous présentons le cas d’une fillette de 21 mois, adressée en endocrinologie pédiatrique pour obésité et polyphagie intense. Somatométrie à la naissance normale, et pas d’antécédents personnels remarquables.

À l’examen initial, poids 21kg (+6,7DE), longueur 89cm (+1,38DE), IMC 26,51kg/m2 (+6,85DE), avec augmentation de la graisse à prédominance abdominale. Les analyses de laboratoire ont été demandées avec une numération sanguine, des ions, des profils hépatiques, lipidiques et thyroïdiens normaux, une insuline normale et un âge osseux conforme à la chronologie.

Dans un premier temps, des modifications hygiéno-diététiques ont été indiquées, avec une faible amélioration de l’IMC (figure 1). A 3 ans et 6 mois, le poids était de 29,4kg (+6,19DE) avec un IMC de 25,49kg/m2 (+5,66DE). Compte tenu de l’IMC élevé persistant, ainsi que de l’apparition précoce de l’obésité, une étude génétique du récepteur 4 de la mélanocortine (MC4R) a été demandée et une mutation p.Thr150Ile (c.449C>T) en hétérozygotie, précédemment décrit comme pathogène.

Évolution de l'IMC et du poids du patient à ce jour.
Figure 1.

Évolution de l’IMC et du poids du patient jusqu’à aujourd’hui.

(0,41MB).

Lors de l’analyse de l’arbre généalogique (tableau 1), la même mutation a été retrouvée chez la mère, en surpoids à l’âge adulte (IMC 29,7kg/m2, +2,96DE), et chez la grand-mère maternelle, en normopeso toujours (IMC 26,6kg/m2, +1,86DE). Compte tenu de cette différence de phénotype, les taux de leptine (36,9ng/ml ; VN : 3-12) et d’adiponectine (14,6μg/ml ; VN : 7,5-19,3) ont été demandés, avec un profil compatible avec un déficit en MC4R.

Tableau 1.

Données cliniques et génétiques du proband et des ascendants

.

Sujet Age (années) Poids (kg) Taille (cm) Taille (kg/m2) Mutation p.Thr150Ile (c. 449C>T)
Testing 5,3 21 89 26,5 (+6,85DE) Hétérozygose
Mère 33 84 168 29,7 (+2,96DE) Hétérozygose
Père 33 91 181 27,77 Négatif
Grand-mère maternelle 58 60 150 26,6 (+1,86DE) Hétérozygose
Grand-parent maternel 61 82 170 28,3 Négatif

DE : écart-type ; IMC : indice de masse corporelle.

Le MC4R est présent dans le noyau périventriculaire de l’hypothalamus, est impliqué dans la régulation de la prise de nutriments, en générant un signal de satiété et en supprimant l’appétit. Sa déficience a été détectée chez 3 à 5 % de la population souffrant d’obésité morbide et d’apparition précoce3, avec une prévalence légèrement inférieure dans notre cas. Cette carence se caractérise par une obésité sévère, une hyperphagie dès la première année de vie avec une croissance linéaire accrue, une augmentation de la masse maigre et le développement d’une insulinorésistance sévère. Actuellement, malgré les recherches en cours, il n’existe pas de traitement spécifique, étant la principale mesure le changement des habitudes alimentaires.

Plus de 150 mutations pathogènes de ce gène ont été identifiées, comme notre patient. Cependant, en analysant son arbre généalogique, nous avons observé que sa mère et sa grand-mère présentaient la même mutation, sans pour autant présenter d’obésité morbide. Une avance de l’âge d’apparition de l’obésité a été décrite ainsi qu’une pénétrance plus élevée dans d’autres mutations MC4R3, en considérant comme hypothèse l’anticipation génétique, que le phénotype s’améliore avec l’âge ou les différences d’exposition aux facteurs environnementaux4. 4 Pour toutes ces raisons, il a été suggéré que le modèle d’hérédité le plus approprié est la codominance, avec modulation de l’expression et de la pénétrance du phénotype. Nous avons besoin d’études génétiques plus approfondies pour connaître la pathogénicité de chaque mutation. Nous pouvons conclure que les résultats génétiques doivent toujours être analysés dans le contexte familial afin de les corréler avec le tableau clinique.

Remerciements

Merciements particuliers au service de génétique de l’hôpital régional de Malaga pour sa disponibilité pour la recherche de données et sa collaboration. Nous tenons également à remercier Anales de Pediatría pour l’opportunité donnée aux professionnels de collaborer avec la revue.

Nous tenons également à remercier Anales de Pediatría pour l’opportunité donnée aux professionnels de collaborer avec la revue.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *