La vérité sur les égouts, au-delà de la fissure : Que dit l’Indec ?

Par Martín Grandes (*) et Maximiliano Mai (**)

L’absence de raccordement des ménages d’un pays aux égouts ou « raccordement des toilettes au réseau d’assainissement », dans le jargon de l’Indec, est un déterminant des besoins fondamentaux non satisfaits et donc de la pauvreté structurelle. Il en est ainsi parce qu’un plus grand nombre de ménages bénéficiant d’un accès aux égouts améliore l’état de santé de la population et, avec les améliorations de l’éducation et des revenus, peut être un catalyseur pour des taux de pauvreté structurelle plus faibles et une croissance économique plus élevée à long terme via des effets sur le capital humain, les infrastructures et la productivité.

Il convient alors de se demander quelle a été l’évolution des raccordements aux égouts en Argentine au cours des 15 dernières années ? Qu’observe-t-on dans l’agglomération urbaine où la pauvreté structurelle est la plus élevée en termes de ménages (et d’enfants en situation de pauvreté) en Argentine, par exemple, le Grand Buenos Aires ?

En utilisant les données de l’enquête permanente sur les ménages pour les périodes 2003-2007, 2007-2016 et 2016-2018, et en se rappelant que l’intervention de l’Indec en 2007 n’a pas modifié la mesure de cet indicateur, nous avons pu reconstruire le pourcentage de ménages qui, pour chaque année de la série, ont accès aux égouts dans le pays et dans le Grand Buenos Aires en particulier. Les 31 autres agglomérations ne sont pas exposées pour des raisons d’espace, mais sont disponibles sur demande auprès de l’auteur.

Le graphique 1 montre le pourcentage de ménages raccordés aux égouts pour l’ensemble des 32 agglomérations urbaines d’Argentine étudiées par Indec.

La vérité sur les égouts, au-delà du crack : que dit l'Indec ?

Au niveau du pays, on constate qu’en 2016, il y avait 70,02% des ménages raccordés aux égouts et fin 2018 70,09%, c’est-à-dire qu’en trois ans, le nombre moyen de ménages raccordés aux égouts n’a pas augmenté. Parallèlement, entre 2003 et 2015, le pourcentage de ménages disposant d’un égout dans la ZBG est passé de 61,5 % en 2003 (sur 6 876 109 ménages) à 64,1 % en 2007 (sur 7 300 401 ménages) et à 70 % en 2016 (sur 8 881 960 ménages). Cela implique qu’en 12 ans, il y a eu une croissance de 8,5 points en termes de ménages disposant de ce service public. Soit une augmentation annuelle moyenne d’environ 0,70 point entre 2003 et 2016, soit 1 986 289 nouveaux ménages incorporés au service, contre une stagnation en pourcentage entre 2016 et 2018, mais avec une augmentation en valeur absolue de 218 064 ménages raccordés au réseau d’assainissement. Bien entendu, ces variations sont basées sur la moyenne pondérée du nombre total d’agglomérés et peuvent cacher des spécificités de chacun d’entre eux. Voyons alors, par exemple, ce qui s’est passé dans l’agglomération présentant les taux de pauvreté structurelle les plus élevés du pays : le Grand Buenos Aires.

La vérité sur les égouts, au-delà de la fissure : que dit l'Indec ?

Le graphique 2 montre qu’en 2016, il y avait 54,5% des ménages avec des égouts dans le Grand Buenos Aires et 55,6%, fin 2018 c’est-à-dire qu’en trois ans, 1,2% de plus des 3 739 418 ménages du GBA (3 634 591 en 2016) sont venus profiter de ce service public. Parallèlement, entre 2003 et 2015, le pourcentage de ménages équipés d’égouts dans la ZAB est passé de 40,3 % en 2003 (sur 2 698 332 ménages) à 54,5 % (sur 3 634 591), soit, en 12 ans, 14,5 points de plus en termes de ménages équipés de ce service public. Soit une augmentation annuelle moyenne de 1,2 point entre 2003 et 2016 contre 0,4 par an entre 2016 et 2018. En 2003, 1 089 540 ménages (1 220 023 en 2007) disposaient d’un égout dans la ZBG et 1 981 538 au début de 2016, soit au total près de 900 000 ménages supplémentaires équipés d’un égout en 12 ans, 75 000 de plus par an environ. En 2018, 2 080 032 ménages étaient raccordés à l’égout dans la ZBG, soit près de 100 000 ménages de plus qu’en 2016, ou 33 000 de plus par année moyenne environ.

En conclusion, on constate un ralentissement du rythme de raccordement des ménages à l’égout au cours des trois dernières années par rapport aux 12 précédentes. Différentes raisons pourraient justifier ces données, mais l’objet de cette chronique n’est pas de discuter des causes ou de la validité d’expériences spécifiques ou de processus en cours d’investissements actuels ou passés qui pourraient porter leurs fruits dans les années à venir, mais de clarifier et d’expliquer les chiffres officiels. Nous pensons que la construction de réseaux d’égouts et l’accès à ces réseaux aux foyers d’un pays est ou devrait être une politique d’État, c’est-à-dire une stratégie à long terme qui dépasse les couleurs des partis, les intérêts privés et les éventuels actes de corruption, et qui transcende le marketing du gouvernement en place en rendant compte des résultats de la gestion.

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